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Jérusalem : l'Unesco trahit l'Histoire

Article paru dans Le Figaro (édition papier) du 3 mai 2016

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Jérusalem : l'Unesco trahit l'Histoire - par L'avocat Gilles-William Goldnadel

Publié le 02/05/2016

FIGAROVOX/TRIBUNE - L'avocat Gilles-William Goldnadel* ne comprend pas pourquoi la France a voté en faveur de la résolution de l'organisation internationale qui rebaptise les lieux symboliques du peuple juif de noms arabes.
Pour apporter la démonstration que la question juive et aujourd'hui le conflit israélo-palestinien rendent fous les hommes qui les touchent, la dernière résolution adoptée par l'Unesco atteint l'absolue perfection.

Le 15 avril, sur proposition de six États arabes (Algérie, Égypte, Liban, Oman, Qatar et Soudan), l'organisation «culturelle» internationale a conféré à tous les lieux hautement symboliques du peuple juif (Mont du temple, caveau des Patriarches, tombe de Rachel) des appellations arabes. C'est ainsi qu'il n'est fait mention nulle part du lien ancien des Juifs avec Jérusalem et que le mur des Lamentations est dénommé «Al Buraq plaza» en référence à Mahomet.

Pour faire bonne mesure, la motion, rédigée par les experts de l'Autorité palestinienne, accuse (point 14) les Juifs perfides d'avoir fabriqué des fausses tombes pour s'emparer des cimetières de la ville sainte!
Certes, l'ONU et les autres organisations internationales, dominées depuis longtemps par des potentats despotiques, sont coutumières d'adopter des résolutions extravagantes concernant Israël. Un jour, le sionisme est raciste, un autre, l'État juif est le pays qui opprime le plus les femmes, et nous savons que ce juif des États collectionne à lui tout seul plus de condamnations que tous les États de la planète réunis.

Mais la résolution de l'Unesco du 15 avril franchit un degré supplémentaire dans l'aberration tragique. Il ne s'agit plus de spéculations intellectuelles ou de condamnations morales, mais de révisionnisme historique dément: le Mur occidental, vestige du temple d'Hérode, a été érigé selon tous les historiens cent ans avant la naissance du Christ, alors que l'islam est apparu 600 ans après sa mort! L'organisation culturelle a donc commis un crime contre l'histoire équivalent dans sa stupidité à affirmer que la Terre serait plate.

Mais le pire, c'est maintenant: la France, au rebours des grands pays occidentaux qui ont voté contre la motion insensée (Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, États-Unis, etc.) ou se sont abstenus, a voté en faveur de celle-ci!
Dès lors, il convient d'essayer de comprendre pour quelle déraison aveugle, notre pays - ou du moins ses représentants - a pu voter les yeux fermés que Ta terre était plate.

Car après tout, que les pays islamiques ou l'Autorité palestinienne continuent de nier obstinément, pour des raisons théologiques autant que politiques, l'évidence de l'enracinement quadrimillénaire du judaïsme dans sa terre ancestrale, n'a rien de très nouveau. Cette constante réalité de cet irréalisme devrait seulement être de nature, dans un monde politique et médiatique rationnel, à tempérer l'ardeur à ne condamner unilatéralement qu'une real politique israélienne réduite à une résignation méfiante et désespérée.

Mais que la France épouse servilement le négationnisme historique de la partie islamique, voilà qui oblige à tenter d'expliquer l'inexplicable.
À dire le vrai, plusieurs strates de raisons et de déraisons recouvrent les vestiges d'une politique proche-orientale devenue folle.

La fameuse et ancienne «politique arabe de la France», motivée avant tout par des intérêts particuliers prosaïques et qui ne se caractérise ni par le philosémitisme, ni par une empathie particulière pour le sionisme, s'illustre à nouveau.

Mais cette politique, généralement cauteleuse, ne saurait expliquer, à elle seule, cette fuite en avant insensée. Jamais la France n'avait autant encouragé, avant cette résolution, l'antique fantasme islamo-palestinien qui aime à craindre que les juifs, et avant eux les chrétiens, complotent pour détruire les mosquées de Jérusalem.

Plus profondément, la fuite en avant française ne peut s'expliquer que par la soumission accélérée des fausses élites au pouvoir à la radicalité islamique. Soumission facilitée par des acteurs politiques hors-sol, indifférents sinon hostiles à l'Histoire, déracinés autant qu'acculturés. En niant le lien entre le peuple juif et sa terre, ils ne voient pas qu'ils trahissent tout autant les racines chrétiennes de la France en soumettant l'Histoire à une relecture coranique. Ils croient, à bon marché, abandonner Israël. Les pauvres ne voient pas qu'ils s'abandonnent eux-mêmes.

On hésite, à ce niveau, à caractériser l'attitude gouvernementale: duplicité politique ou schizophrénie intellectuelle?
Voilà un pouvoir qui, au lendemain des massacres de 2015, expliquait urbi et orbi que la détestation d'Israël était à l'origine de l'antisémitisme criminel. Et c'est ce même pouvoir, qui valide un négationnisme historique délirant n'ayant pour but que de priver la nation juive de toute légitimité territoriale.

Voilà un gouvernement qui aspirait à retrouver un sérieux minimal. Il ambitionnait aussi, à la fin de ce mois, d'organiser à Paris une conférence destinée à faciliter le règlement de la question palestinienne. Pour ce faire, on aurait pu penser qu'il souhaiterait harmoniser les positions européennes et se donner au moins l'apparence de l'honnêteté.
Monumental et historique raté.